Stéphanie MAFFRE

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
mardi 04 juin 2019 - 14:00
La trame du passé et les fils de l’histoire. La fabrique du passé à Mazamet : protestants, catholiques et autres. Enjeux historiographiques et mémoriels. XIXe-XXIe siècles

Mme Stéphanie MAFFRE soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Patrick CABANEL

  • EPHE - 54, boulevard Raspail - 75006 Paris. Salle 15.
  • Jury : M. Patrick CABANEL, Mme Sylvie APRILE, M. Jerôme BOCQUET, Mme Arlette FARGE, M. Denis PELLETIER

Résumé

A Mazamet, au XVIIIe siècle, se développe l’activité de tissage, de travail du drap et de la laine. La ville devient, au début du XXe siècle, un centre mondial de délainage, dans une région plutôt enclavée où, depuis le XVIe siècle, cohabitent protestants et catholiques. Dans ce contexte s’est construit un discours sur le passé de la ville qui énonce le paradoxe, réel ou fantasmé, suivant : « Les ouvriers votaient à droite car catholiques, et les patrons votaient à gauche car protestants ». Ce récit, fruit de près d’un siècle de sédimentation, accepté et intégré par la population, demeure encore aujourd’hui opératoire. La déconstruction du discours permet de penser la capacité du religieux à influer sur la reproduction d’un ordre social établi et encadré par les élites économiques, politiques et religieuses de la ville. Le religieux questionne également cet ordre social, quitte à le subvertir et à revisiter les représentations sociales et religieuses des populations. Dès lors, comment penser les rapports du religieux au social et au politique sans produire d’anachronismes tout en tenant compte des jeux d’échelles sur un temps relativement long ? Il s’agit, ici, d’éviter l’écueil de l’essentialisation qui a trop souvent voulu faire dire à l’histoire ce qu’elle n’avait pas été. L’analyse des rapports entre mémoires et histoire met en lumière les périodes et les acteurs du passé oubliés ou occultés dans ce récit. A partir de l’exemple de Mazamet, ce travail interroge la discipline historique sur sa capacité à questionner les modes de production, de transmission, de diffusion de discours sur le passé et à mettre en doute, inlassablement, les évidences.

Abstract

In the XVIIIth century, in the city of Mazamet, weaving, woollen cloth and wool work started developing. At the turn of the XXth century, the city became a global center for wool pulling in a quite landlocked area where Protestants and Catholics had been co-existing since the XVIth century. Within this context a discourse about the city’s past has been built; it states the following-real or imaginary-paradox: “The workers used to vote right-wing for being Catholics whereas the owners used to vote left-wing for being Protestants.” This statement resulting from almost one century of sedimentation was accepted and integrated by the population and still remains active today. this discourse enables to think about the religion’s ability to influence and reproduce an established social order supervised by the economic, political and religious elites in the city. The religion also challenges this social order, it can even subvert and reexamine the populations’ social and religious representations. Therefore how can the connections between the religious, social and political fields be questioned without making anachronisms while taking into account the plays on scales existing for a quite long time? Actually falling into essentialization should be avoided here as very often it made history what it had not been. Analysing the links between memories and history highlights the times and the actors from the past that were forgotten or hidden by this story. Using the example of Mazamet, this work challenges the history subject on its ability first to question the ways of producing, transmitting and spreading the discourse on the past and then to tirelessly query the obvious.