Solène CHEVALIER

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
mardi 04 décembre 2018 - 13:00
La mer vue de la terre. La côte tyrrhénienne orientale (1600-500 av.n.è.)

Mme Solène CHEVALIER soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Stéphane VERGER

  • Ecole normale supérieure - 29, rue d'Ulm, 75005 PARIS, salle 235B
  • Jury : M. Stéphane VERGER, M. Vincent JOLIVET, M. Jean-Christophe SOURISSEAU, M. Gabriele CIFANI, M. Pascal ARNAUD, Mme Anca Cristina DAN

Résumé

La côte tyrrhénienne orientale occupe une place centrale dans les dynamiques d’échanges méditerranéennes. Entre 1600 et 500 av.n.è. environ, elle est occupée par des communautés solidement structurées culturellement, parmi lesquelles les Étrusques, les populations latines, les Grecs d’Occident et les communautés italiques. L’adoption d’une chronologie étendue, qui court sur plus d’un millénaire, vise à mettre en lumière les phénomènes de continuité et de ruptures dans les réseaux de communication et dans les processus d’implantation en milieu littoral. En effet, cette étude entend détailler les processus à l’oeuvre dans la construction de l’espace côtier tyrrhénien, en s’attachant aux notions de choix, d’attrait, de rejet ou d’indifférence qui ont joué dans les dynamiques d’implantation sur le littoral. En établissant des schémas de référence et en étudiant la matérialité des implantations côtières, cette analyse propose donc une synthèse inédite sur les processus qui ont amené à l’occupation du littoral dès l’âge du Bronze moyen, à la mise en valeur des ressources naturelles côtières et à la création de réseaux de communication complexes, maritimes, terrestres et fluviaux. Cette étude est motivée par le fait que le littoral tyrrhénien oriental, constamment évoqué dans les travaux antérieurs, n’a jamais été étudié pour ce qu’il représente, c’est-à-dire un espace d’interface entre le domaine marin et l’espace terrestre. L’exemple le plus frappant est celui des ports préromains, qui forment les points nodaux où les réseaux maritimes entrent en contact avec les structures territoriales terrestres, et qui n’ont fait l’objet que de rares études. Ce désintérêt pour les conditions concrètes des échanges maritimes amène une véritable méconnaissance de ces points de relâche, pourtant au coeur des trafics tyrrhéniens archaïques. En appréhendant la construction de l’espace littoral tyrrhénien par le biais des réseaux qui structurent les systèmes côtiers péninsulaires et insulaires, plusieurs caractéristiques émergent, parmi lesquelles la difficulté rencontrée dans les études passées pour corréler une vision maritime et une vision terrestre des interactions. Il ressort de cette nouvelle analyse que le littoral est essentiellement tourné vers la terre, situé au coeur des relations entre des systèmes locaux et régionaux. L’arrière-plan de l’étude du littoral tyrrhénien oriental est donc prioritairement terrien et non maritime, puisque les activités côtières émanent de systèmes terrestres et que les espaces portuaires forment les débouchés maritimes de tout un arrière-pays. En se situant dans la lignée des travaux réalisés ces quarante dernières années, qui ont permis à une véritable archéologie du paysage de se développer, cette thèse adopte donc un prisme nouveau qui, sans contredire les assertions passées, modifie l’appréhension traditionnelle du littoral.

Abstract

The Eastern Tyrrhenian coast held a central position in Mediterranean trade dynamics. Between circa 1600 and 500 BC, this territory was inhabited by culturally well-defined communities, namely the Etruscans, Latin and Italic populations, and Western Greeks. In adopting a broad chronological framework covering over a millennium, this thesis aims to shed light on continuity and interruption phenomena within communication networks as well as in coastal settlement processes. These latter mechanisms are indeed perceptible through notions of appeal, rejection and indifference that weighed in occupation choices of the Tyrrhenian littoral. By establishing reference templates and studying the materiality of coastal dwellings, this analysis offers an innovative synthesis of regional settlement dynamics as early as the Middle Bronze Age, with a particular emphasis on the exploitation of natural resources and the emergence of complex maritime, land and fluvial networks. Though the Eastern Tyrrhenian coast has been repeatedly mentioned in previous publications all lack a core feature regarding its coastlines and its characteristics as an interface between sea and land. Pre-Roman ports constitute a striking example; even though they are considered as crucial meeting points of maritime and land-based networks, they are barely known and studied. Past research has thus had a hard time associating maritime and landbased communication networks and has overlooked the actual parameters of maritime exchanges, leading to a poor understanding of harbors and port activities, however central they are to Archaic Tyrrhenian trades. By addressing the construction of Tyrrhenian coastal territories through the prism of networks, several insular and peninsular systems appear. Recent analysis reveals that coastal territories turn their focus towards inland networks, meaning that seaside activities emanate essentially from local and regional systems. The backdrop to Eastern Tyrrhenian coastal studies is therefore land-based above all and not maritime. This thesis positions itself within the continuity of the past forty years of research that has helped to develop a landscape archaeology framework while adopting a new prism and revising the traditional approach to the littoral without challenging past assertions.