Sada-Mamadou BA

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
jeudi 14 janvier 2016 - 14:00
Du signe au blason. Description des robes et des marques distinctives du bétail chez les Peuls Fulaabe de l'est du Sénégal

M. Sada-Mamadou BA soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Odile JOURNET-DIALLO

  • Le France - 190 avenue de France, 75013 Paris - Salle 115
  • Jury : M. André BOURGEOT, Mme Anne-Marie BRISEBARRE, Mme Anne FOURNIER, Mme Odile JOURNET-DIALLO, M. Olivier KYBURZ, Mme Christiane SEYDOU

Résumé

La capacité de reconnaître des différences, parfois extrêmement ténues, entre chacune des têtes de bétail qui compose son troupeau, implique pour le berger Peul un long apprentissage. D'un berger devenu "expert" dans l'art de savoir lire des différences qui échappent à d'autres bergers moins expérimentés, l'on peut dire qu'il a le ganndal, le savoir. L'aptitude à saisir de menues différences entre les unités du troupeau sur la base de plusieurs critères (couleurs et "marques" de la robe, formes et dimensions des cornes, etc.) relève d'un ganndal qui, certes est très valorisé mais qui ne suffit pas à faire de l'homme qui a une telle aptitude, un véritable "savant". En revanche, la capacité à découvrir sous l'ensemble des traits qui font de tel ou tel individu une entité singulière, des formes d’agencements de signes au travers desquelles peuvent se lire les marques d'un destin, vaut à ce découvreur une réputation d'une toute autre nature. L'homme qui jouit d'une telle réputation est considéré comme une sorte de visionnaire du monde invisible, un Siltigui, et se trouve tout à la fois craint et respecté. On dira de celui qui a atteint ce stade de ganndal qu’il sait le sifa. C'est le sifa comme mode spécifique de vision et de savoir qui constitue dans la culture peule l'idéal intellectuel et éthique. Cet idéal n'est pas à proprement parler un idéal individuel. Chaque famille, chaque segment de lignage, chaque groupe local, chaque tribu, cherche à se valoriser en se prévalant du patrimoine de richesse que détient son groupe en matière de ganndal. Ce patrimoine est jalousement gardé et l'on prend toutes sortes de mesures pour empêcher les groupes rivaux de se l'approprier.

Abstract

From sign to emblem : A study of the coats and distinctive marks of cattle among the Fula of eastern Senegal

Learning to recognize the differences, sometimes extremely fine, between each head of cattle in his herd is a long process for the Fula cowherd. The man who has become an "expert" in telling differences that other, less experienced cowherds overlook is said to have ganndal, knowledge. The ability to notice tiny differences between cows by using several criteria (the color of the coat and "marks" on it, the shape and size of horns, etc.) is a form of ganndal that, though valued, does not suffice to turn the cowherd into a "true scholar". On the other hand, the ability to discover, under the set of traits identifying an individual cow, patterns that can be used to read the "signs" of fate endows the cowherd with a quite different reputation. The man with such a reputation is considered to be a sort of seer of the invisible, a siltigi; he will be both feared and respected. The cowherd who has attained this degree of ganndal is said to know sifa. Sifa, a specific form of vision and knowledge, constitutes in Fula culture an intellectual and ethical ideal. Strictly speaking, this is not an individual ideal. Every family, lineage segment, local group or tribe seeks to enhance its status through the heritage of ganndal to which it lays claim. This heritage is jealously kept with all sorts of measures being taken to keep rival groups from seizing it.