Robert FAUROUS-PALACIO

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
lundi 18 janvier 2016 - 14:00
L'acte pur des métamorphoses. Esquisse d'une anthropologie de la dissymétrie à partir de l'exemple des masques pende (RDC)

M. Robert FAUROUS-PALACIO soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Odile JOURNET-DIALLO

  • Le France - 190 avenue de France, 75013 Paris - Salle 103
  • Jury : Mme Michèle COQUET, Mme Odile JOURNET-DIALLO, Mme Renée KOCH-PIETTRE, M. Pierre-Joseph LAURENT

Résumé

Chez les Pende du sud-ouest du Congo Kinshasa (RDC), Mbangu, masque porté par les hommes, a la particularité d’être asymétrique, « hémiplégique », surnommé l’« épileptique », victime du sort d’un sorcier. Il présente des similitudes avec d’autres masques asymétriques dans le monde avec lesquels il est mis en perspective dans une approche comparative. Où, quand, comment intervient Mbangu, quel est son rôle ? Il représente, sur un mode visuel, la marginalité et le désordre de la société. Sa sortie sur l’aire de danse est censée réaffirmer l’ordre social dans une ambiance qui mêle dérision, burlesque et compassion. L’hypothèse soutenue est que ce type de masque asymétrique répond à un trauma et exprime douloureusement une « perte de monde » et, corollairement, appelle à la construction d’un ordre social nouveau. Sont ici analysées les conditions historiques, politiques, socio-économiques et culturelles par lesquelles l’expression de la dissymétrie a pu émerger chez les Pende. Par ailleurs, cette société – « société du regard » – a élaboré une morphologie symbolique complexe du visage où le regard est conçu comme un régulateur social auquel le « regard des masques » participe. Le chef qui réunit les caractéristiques du « roi sacré » – et auquel Mbangu renvoie – est la figure emblématique de ce regard par l’action de ses masques et de ceux de la palissade de sa case. Le « regard des masques » semble donc s’instaurer en dispositif politique qui agit en lieu et place de la présence effective du chef. Le masque Mbangu révèle aussi l’importance de la relation scopique dans la représentation de l’altérité et dans la construction de la conscience individuelle et collective pende.

Abstract

The pure act of metamorphoses : Sketch of an anthropology of the asymmetry from the example of Pende masks of Congo (DRC)

In southwestern Congo Kinshasa (DRC), Mbangu mask of the Pende people, worn by men, has the distinction of being asymmetrical, « hemiplegic », nicknamed the « epileptic », victim of a spell cast by a sorcerer. This mask has some similarities with other asymmetric masks in the world, whith whose is put into perspective in a comparative approach. Where, when and how does Mbangu operate, what is his role ? On a visual mode, it would represent marginality and disorder in society. Its emergence on the dance ground is supposed to reaffirm the social order in a popular uproar that combines burlesque derision and compassion. The hypothesis supported here is that this type of asymmetric mask is the result of a « trauma » and the expression of a « lost world » but, at the same time, it calls for the construction of a new social order. We analyzed the historical, political, socio-economic and cultural conditions in which the expression of the asymmetry could emerge in Pende mascarade. The Pende society – « society of the view » – has developed a complex symbolic morphology of the face where the sight is conceived as a social regulator; and the eyes of masks are part of. The Pende chief who unites the characteristics of the « Sacred King » – which Mbangu refers to – is the emblematic figure of this sight by the action of his masks and those on the fence of his house. The eyes of masks look to be a political apparatus instead of the physical presence of the chief. The Mbangu mask also reveals the importance of the scopic relationship in the representation of otherness and in the construction of individual and collective consciousness of the Pende people.