Nicolas ADELL

Diplôme :
HDR
Date :
vendredi 10 février 2017 - 14:00

M. Nicolas ADELL présente ses travaux en soutenance en vue de l'obtention de l'Habilitation à diriger des recherches

  • En sorbonne, salle Gaston Paris (D064), Esc. E, 2e étage, 17 rue de la Sorbonne, 75005 Paris
  • Jury : Mme TIPHAINE BARTHELEMY, M. CHRISTIAN BROMBERGER, Mme AGNÈS FINE, M. MICHAEL HOUSEMAN, M. CHRISTIAN JACOB, M. MICHEL NAEPELS

 

La vie-devant-soi

Ce dossier d’Habilitation à diriger des recherches (HDR) est structuré autour d’une hypothèse de travail qui relève de la conviction : une expérience humaine fondamentale, accentuée et fragilisée par nos sociétés contemporaines, est d’avoir la vie-devant-soi, c’est-à-dire une certaine capacité de dédoublement (sous des formes très variées) qui accompagne des opérations aussi diverses qu’anticiper, projeter, espérer, se souvenir, éprouver de l’empathie, imaginer, etc.

Cette conviction est née des années de recherche passées à étudier des groupements d’artisans singuliers que l’on trouve majoritairement en France, mais également en Allemagne, et que l’on connaît sous le nom de compagnonnages. Au-delà des incontestables spécificités de ces collectifs proposant des modèles de vie explicites, on pouvait repérer sur ce terrain particulier des propriétés générales des « vies de savoir », ce que l’ouverture de recherches sur un objet, contrasté à dessein, la « vie savante », devait confirmer. La naissance de cette problématique (vol. 1 : « L’anthropologie de soi »), ses premières élaborations (vol. 2 : « La vie savante ») et les principaux jalons de mes recherches dans ce registre (vol. 3 : « Vies de savoir et réflexivité ») soulèvent plusieurs questions d’envergure (comment unifier son existence et triompher des divisions qui fragmentent une vie ? peut-on identifier des propriétés singulières aux « vies à œuvres » ? comment repérer des life-shifters qui, ensemble, jalonnent, rythment, font « avancer » ?).

Toutes ces questions, élaborées à partir de terrains spécifiques, se prêtent à la généralisation et cherchent à éclairer un ensemble disparate de pratiques et de goûts qui traversent nos sociétés contemporaines : la culture du projet, la passion biographique, la multiplication des effets de dédoublement du réel (via les réseaux sociaux, l’engouement pour les télé-réalités ou les réalités augmentées), la quête d’une vie autre, etc.  Peut-être ces questionnements n’auront-ils pour vertu que d’aider à mieux comprendre ce que recouvre l’injonction à « vivre sa vie » qui est l’une des manifestations les plus exigeantes de la vie-devant-soi dans nos sociétés.