Kabira NAÏT RAÏSS

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
mardi 12 décembre 2017 - 14:00
Les premiers ascètes en Islam d'après la Ḥilyat al-awliyā' de Abū Nuʿaym. Entre zuhd et taṣawwuf, l'émergence du saint

Mme Kabira NAÏT RAÏSS soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Pierre LORY

  • EPHE - Maison des Sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris - salle 5
  • Jury : M. DENIS GRIL, Mme SAMUELA PAGANI, M. PIERRE LORY, M. MUHAMMAD ALI AMIR-MOEZZI, Mme GENEVIEVE GOBILLOT

Résumé

Notre étude tente à partir de la Ḥilyat al-awliyā’ wa-ṭabaqāt al-aṣfiyā’ de Abū Nuʿaym al-Iṣfahānī (m. 430/1038) de mieux préciser les contours de la notion de sainteté sunnite dans les trois premiers siècles de l’Islam, telle qu’elle fut construite dans la tradition hagiographique à partir de la fin du 4e/Xe siècle. La walāya (sainteté) apparaît dans la Ḥilya comme la notion centrale dans laquelle se rejoignent deux formes de piété pourtant divergentes en islamologie : la piété ascétique (zuhd) des premières générations qui exprimerait avec emphase l’obéissance à un Dieu transcendant et la piété mystique (taṣawwuf) des générations ultérieures à partir de la fin du 3e/IXe siècle qui concernerait par contraste la communion avec un Dieu immanent et révélé. Pour mieux comprendre comment Abū Nu’aym les réconcilie, nous avons cherché à déconstruire son projet de légitimation consistant à rattacher le taṣawwuf aux premiers modèles intègres de piété ascétique. Nous nous sommes efforcée particulièrement à analyser les pratiques langagières et spirituelles des premiers ascètes, pour les mettre en parallèle avec celles des mystiques des 3e/IXe et 4e/Xe siècles, et ceci, au travers de trois supports herméneutiques : les traditions judaïsantes (isrā’iliyyāt), les exégèses coraniques et enfin la Sunna et la figure du Prophète. Il en ressort que c’est précisément dans l’expérience eschatologique que les premières générations de dévots et d’ascètes et les générations suivantes de soufis accèdent au statut de saints (awliyā’), leur attribuant la juste compréhension de la Révélation et la charge de sa transmission.

Abstract

This study, based on Abū Nuʿaym’s Ḥilyat al-awliyā’ wa-ṭabaqāt al-aṣfiyā’, aims to define the contours of Islamic sainthood (walāya) during the first three centuries of Islam, as progressively defined in the hagiography from the 4th/10th century. In the Ḥilya the walāya is the central notion in which ascetic piety (zuhd) and mystic piety (taṣawwuf) meet. Current research insists on their fundamental difference, the former being characterised by the obedience to a transcendental God and the latter expressing, in contrast, the experience of communion with an immanent and revealed God. To better understand how Abu Nu’aym reconciles both notions, the study revisits and specifies his goal of legitimising taṣawwuf by linking it with the paragons of ascetic piety. The study especially strives to analyse the language and spiritual practices of the early ascetics in light of those of the mystics in the 3rd/9th and 4th/10th centuries. We have used three hermeneutic criteria : the ‘Judaising’ traditions (isrā’iliyyāt), the quranic exegesis and, lastly, the Sunna and figure of the Prophet. It emerges that the first generations of devotees and ascetics and the following generations of sufis attained, in the eschatological experience, the status of saints (awliyā’) enabling them to adequately understand and transmit the Revelation.