Irène GUALDO

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
jeudi 13 décembre 2018 - 14:00
La tradition manuscrite du "Liber de doctrina dicendi et tacendi" d’Albertano da Brescia dans les vulgaires italiens

Mme Irène GUALDO soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Fabio ZINELLI et de Giorgio INGLESE

Cotutelle : Université de Rome "Sapienza"

  • Université de Rome "Sapienza" - 5, Piazzale Aldo Moro, 00185, Rome (Italie), Dipartimento di Lettere
  • Jury : M. Fabio ZINELLI, M. Philippe GUERIN, M. Johannes BARTUSCHAT, Mme Giuseppina BRUNETTI, M. Luca MARCOZZI, M. Giorgio INGLESE, Mme Sonia GENTILI

Résumé

La thèse porte sur l’édition et l’étude de la tradition manuscrite des trois rédactions (dont deux inédites) de la vulgarisation du De doctrina dicendi et tacendi (1245) par Albertano da Brescia. L’oeuvre du Juge lombard est un traité rhétorique et moral qui a connu un immédiat succès de public au Moyen Âge, à la fois en Italie et en Europe, comme le prouvent ses nombreuses traductions dans plusieurs langues romanes. Parmi elles, la vulgarisation la plus ancienne que nous connaissons est celle attribuée à Andrea da Grosseto, qui traduisit les traités moraux d’Albertano en 1268, en France ; son travail fut suivi par celui du notaire de Pistoia Soffredi del Grazia. Parmi les autres traductions, nous rappelons également une version florentine (fin du XIIIe siècle), une pisane (1288), et trois rédactions vulgaires anonymes, jusqu’à aujourd’hui inconnues, dont ce projet vise à publier les textes. Auparavant, le cadre de la tradition manuscrite de la vulgarisation du Liber de doctrina dicendi et tacendi était peu clair. Comme l’avaient déjà souligné Segre et Marti dans le 1959, les études concernant les relations entre les diverses vulgarisations italiennes de l’oeuvre d’Albertano étaient insuffisantes. La situation était encore inchangée au moment de la publication du dernier recensement, celui de Giulio Vaccaro, en 2011, qui comptait 46 manuscrits de vulgarisation. En particulier, l’absence d’une distinction entre les différentes rédactions et, notamment, d’une édition des rédactions anonymes fondée sur des critères scientifiques a longtemps empêché la comparaison avec les autres versions italiennes et européennes. La première partie de ce travail vise à encadrer les versions italiennes du traité dans leur contexte et à les commenter du point de vue culturel, littéraire et linguistique. Dans cette introduction aux textes, on a essayé de réunir les résultats de l’enquête à propos de la fortune européenne du livre d’Albertano, mise en rapport avec les vulgarisations du latin au français de traités rhétoriques et moraux. La comparaison a concerné aussi la traduction du traité faite par Brunetto Latini. La collation entre la version française du Liber de doctrina dicendi et tacendi comprise dans le Tresor et les vulgarisations toscanes a mis en relief des fautes et des innovations communes, qui laissent supposer l’existence d’une parenté. Du point de vue de l’héritage littéraire, on examinera les thèmes du silence et de la consolatio considérés comme des possibles remèdes pour guérir le conflit intérieur, à partir du traité albertanien jusqu’à Pétrarque. Sous l’aspect linguistique, on mettra en évidence l’apport indispensable des vulgarisations du Liber à la fondation de la prose italienne des origines, comparable à celle des trois Canzonieri qui marquent le début de la tradition poétique vulgaire. La deuxième partie de cette thèse est dédiée à l’étude de la tradition manuscrite de la vulgarisation du traité, qui a permis d’enrichir le recensement du 2011 avec trois nouveaux manuscrits et de reconstruire les relations stemmatiques parmi ses témoins. L’examen des textes a permis d’éclaircir des zones d’ombre qui concernent les rapports parmi les rédactions vulgaires et d’individuer au moins trois différentes versions anonymes : la « Vulgate », une version « abrégée », transmise par vingt-neuf manuscrits, qui privilège le message moral et gnomique au détriment de son contenu rhétorique ; l’ « Intégrale », une version complète et plus fidèle au texte latin, dont cinq manuscrits sont témoins ; la « Composite », remaniement transmis par cinq témoins, apparemment plus tard. Pour chaque version, on a tracé un stemma codicum et publié un texte représentatif, afin d’effectuer une analyse linguistique nécessaire à établir les rapports qui lient ces versions et leur origine.

Abstract

The manuscript tradition of the «Liber de doctrina dicendi et tacendi» by Albertanus of Brescia in the Italian vernacular This thesis deals with the study of the manuscript tradition of three anonymous Italian versions (including two unpublished) of the vulgarisation of the De doctrina dicendi et tacendi (1245) by Albertanus of Brescia and aims to publish the critical edition of these versions. The work of the Lombard Judge is a rhetorical and moral treatise that has enjoyed immediate success and diffusion in the Middle Ages, both in Italy and in Europe, as it can be proved by its many translations into several Romance languages. Among them, the first vulgarisation that we know is the one attributed to Andrea da Grosseto, who translated the moral treatises of Albertanus in 1260, in France; his work was followed by that of the notary of Pistoia Soffredi del Grazia. Among other translations, we also recall one Florentine version (late Thirteenth century), one pisane (1288), and three anonymous vulgar versions, two of which published here for the first time. Previously, the framework of the manuscript tradition of the Liber de doctrina dicendi et tacendi was very nebulous. As already pointed out by Segre and Marti in 1959, studies concerning the relations among the various Italian vulgarisations of Albertanus’s work were insufficient. This situation did not change with the publication of the last census, that of Giulio Vaccaro, in 2011, which counted 46 manuscripts. In particular, the absence of a distinction between the different Italian versions and, especially, of an edition of the anonymous ones, based on scientific criteria, has long prevented comparisons with other Italian and European versions. The first part of this work aims to frame the Italian versions of the treatise in their context and to comment on them from the cultural, literary and linguistic point of view. In this introduction to the texts, an attempt has been made to bring together the results of the inquiry into the European heritage of Albertanus’ book, related to the popularisation of Latin and French rhetorical and moral treatises. The comparison also concerned the translation of the treatise by Brunetto Latini. The collation between the French version of the Liber included in the Tresor and the Tuscan vulgarisations highlighted common errors and innovations, which suggest the existence of a relation. From the point of view of the literary heritage, this work will examine the themes of silence and consolatio considered as possible remedies to heal the inner conflict, from Albertanus’ treatise to Petrarch’s works. From a linguistic point of view, the indispensable contribution of the vulgarisations of the Liber to the founding of the Italian prose, comparable to that of the three Canzonieri, which marked the beginning of the vulgar poetic tradition, will be highlighted. The second part of this thesis is devoted to the study of the manuscript tradition of the vulgarisation of the treatise, which allowed to enrich the 2011 census with three new manuscripts and to reconstruct the stemmatic relations among its witnesses. The examination of the texts has led to clarify areas of shadow concerning the relations among the vulgar translations and to identify at least three different anonymous versions: the «Vulgate», a shortened version, transmitted by twenty-nine manuscripts, which privileges the moral and gnomic message to the detriment of its rhetorical content; the «Integral», a complete version more similar to the Latin text, testified by five manuscripts; the «Composite», apparently subsequent to the previous ones, also transmitted by five witnesses. For each version, a stemma codicum was drawn and a representative text was published, in order to carry out a linguistic analysis necessary to establish the relations which connect these versions and their origin.