Gilles GENOT

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
vendredi 13 décembre 2019 - 14:00
Gouverner, intégrer, participer. Le duché de Luxembourg sous les princes bourguignons et habsbourgeois (milieu XVe – début XVIe s.)

Gilles GENOT soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Jean-Marie MOEGLIN et de M. Michel PAULY

  • Université du Luxembourg - 2, avenue de l'Université - 4365 Esch-sur-Alzette - Luxembourg
  • Jury : M. Jean-Marie MOEGLIN, M. Michel PAULY, M. Martin UHRMACHER, M. Eric BOUSMAR, Mme Elodie LECUPPRE-DESJARDIN, M. Stéphane PEQUIGNOT

Résumé

Cette thèse a pour objet l’exercice du pouvoir des princes bourguignons et habsbourgeois dans le duché de Luxembourg depuis la prise définitive de pouvoir des Bourguignons jusque, grosso modo, aux années 1530. L’intégration politique et sociale du duché de Luxembourg et de ses sujets dans le complexe territorial bourguignon, puis habsbourgeois, se présente comme un lent processus qui a commencé dès le début du XVe siècle. Dans un premier temps, l’historiographie, la mémoire et l’état de la recherche (ch. I) ont été considérés dans la longue durée (XVe-XXIe s.). Cette étude a permis de présenter les fondements ainsi que l’évolution du récit « national » et de contextualiser l’état de la recherche avec toutes les précautions nécessaires. Les trois chapitres qui suivent tentent d’éclairer les questions d’intégration et de participation ainsi que de formations identitaires sous différents points de vue. L’étude portant sur les vecteurs de l’idéologie princière (ch. II) a d’abord retracé les véhicules (« armes idéologiques ») de la politique symbolique déployée par les princes bourguignons et habsbourgeois dans le Luxembourg. La panoplie d’exemples n’a laissé aucun doute quant au recours systématique à une multitude de médias (processions, rumeurs, images, ...) dont l’efficacité réelle doit, toutefois, souvent rester sujet à caution. La rumeur et la désinformation ont été identifiées comme un outil de légitimation du pouvoir politique. Ensuite, nous passons au crible la question de l’intégration des sujets, nobles ou non, dans le groupement de domination (ch. III). Il convient d’insister sur le fait que l’intégration du duché de Luxembourg dans la souveraineté bourguignonne, puis habsbourgeoise, était un processus d’incorporation politique fondé sur une participation et une collaboration au sein du duché qui ne doivent pas être sous-estimées. Les moments de contestation étaient l’exception, non la règle. En ce sens, nos recherches ont surtout permis de tracer l’image d’un pays qui s’était rapidement habitué aux ordres et rallié aux projets politiques de ses nouveaux maîtres. La fidélité au prince était contractuelle et l’attribution de faveurs (pensions, biens, fonctions, etc.) était vue comme une marque de reconnaissance. Au niveau local, les institutions intermédiaires tout comme les individus et/ou les groupes sociaux (urbains, nobiliaires) défendaient leurs propres intérêts (avantages économiques et fiscaux, droits et privilèges…), mais étaient tout aussi demandeurs de sécurité, de réglementation ou encore de professionnalisation. Avec le quatrième chapitre, nous proposons une étude des enjeux identitaires à l’aube des temps modernes. Nous partons du postulat que les identités sont toujours des « constructions » et non pas des réalités concrètes, nous avons procédé d’abord à une étude terminologique, puis, conformément à une approche constructiviste, nous avons cherché à identifier les référents identitaires à l’échelle principautaire, c’est-à-dire du duché du Luxembourg, et à l’échelle régionale à partir de l’exemple des anciens comtés de Chiny et de La Roche-en-Ardenne. Incontestablement, il n’existait pas une et une seule identité, et seul un fragment de la pluralité des référents identitaires se dévoile à l’historien d’aujourd’hui.

Abstract

This thesis focuses on the exercise of the power of the Burgundian and Habsburg princes in the Duchy of Luxembourg from the definitive seizure of power by Philipp the Good until, roughly speaking, the 1530s. The political and social integration of the Duchy of Luxembourg and its subjects into the Burgundian and Habsburg territorial complex is a slow process that began at the beginning of the 15th century. At first, historiography, memory and the state of research were considered in the long term (15th to 21st century). This study made it possible to outline the foundations and evolution of the ‘national’ narrative and to contextualise the state of research with all the necessary precautions. The following three chapters attempt to shed light on issues of integration and participation as well as identity formation from different perspectives. The study on the vectors of princely ideology first traced the vectors of the symbolic policy deployed by the Burgundian and Habsburg princes in the Duchy of Luxembourg. The wide range of examples has left no doubt about the systematic use of a multitude of media (processions, rumours, images, etc.) whose real effectiveness must, however, often remain questionable. Rumours and misinformation have been identified as a tool for legitimising political power. Then, we examine the question of the integration of subjects, noble or not, into the grouping of domination. It should be stressed that the integration of the Duchy of Luxembourg was a process of political incorporation. The participation and collaboration within the Duchy of Luxembourg should not be underestimated. Moments of dispute were the exception, not the rule. In this sense, our research has above all made it possible to trace the image of a country that had quickly become accustomed to orders and rallied to the political projects of its new dynasty. Fidelity to the prince was contractual and the granting of favours (pensions, goods, functions, etc.) was seen as a sign of recognition. At the local level, intermediary institutions as well as individuals and/or social groups (urban, noble) defended their interests (economic and fiscal advantages, rights and privileges, etc.), but were also seeking security, regulation or even professionalisation. With the fourth chapter, we propose a study of identity issues at the dawn of modern times. Starting from the premise that identities are always ‘constructions’ and not concrete realities, we first carried out a terminological study, then, in accordance with a constructivist approach, we sought to identify identity references at the scale of the Duchy of Luxembourg and at the regional scale based on the examples of the former counties of Chiny and La Roche-en-Ardenne. Undoubtedly, a single identity did not exist and only a fragment of the plurality of identity referents is revealed to today's historian.