Frédéric BERTHIER DE GRANDRY

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
lundi 16 décembre 2019 - 14:00
Héraldique et seigneuries au sein de la noblesse de robe parisienne, 1590-1720

Frédéric BERTHIER DE GRANDRY soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Philippe PALASI

  • École Pratique des Hautes Études, 54 Bd Raspail, 75006 Paris
  • Jury : M. Philippe PALASI, M. Laurent HABLOT, Mme Michèle GAILLARD, M. Bertrand SCHNERB, Mme Elisabeth LALOU, M. Michel NASSIET, Michel PASTOUREAU

Résumé

La période clé de notre étude semble être la décennie des années 1660. La monarchie française cherche à connaître et à maîtriser sa noblesse. Si le roi accorde à la noblesse de robe une noblesse graduelle dès 1644, donnant d’une main la noblesse au bout de vingt ans d’exercice d’une charge (ou mort revêtu), dans le même temps, de l’autre main, il fait casser les Lettres de vétérances et les Lettres d’anoblissement octroyées lors des années 1614 à 1664. Dès 1666, afin de dresser un catalogue général de la noblesse, Louis XIV lance les fameuses Enquêtes de la noblesse qui auront pour but de passer des preuves orales aux preuves écrites, de figer ainsi les origines de ses serviteurs. Comment les familles de noblesse de robe parisiennes vivent-elles ces changements ? Les familles présentées par Blanchard ont su opérer depuis Charles VI une lente progression dans les sphères du pouvoir. Elles arrivent aux premières places au début du XVIIe siècle en détenant les charges les plus importantes des cours souveraines (Grand Conseil, Chambre des Comptes, Cour des aides, Cour des monnaies, Parlement de Paris et parlements de province). La mise en place de la cour, les nouvelles réglementations remettent en cause les stratégies familiales. Cependant, ces familles, regroupées sous le terme générique de « noblesse de robe » ne sont pas seulement des familles urbaines comme le prouve la liste des seigneuries détenues. Les titres passent en grande partie par la possession de seigneuries, par un capital terrien immobilisé. Cette agrégation ultime au mode de fonctionnement de la « noblesse d’épée », ce mimétisme âprement recherché permet également de diversifier le patrimoine et de ne plus le faire dépendre du négoce ou de la possession d’un office vénal. Cette transformation ne va pas sans peine et s’accompagne de tensions, d’opposition au sein des lignages successifs, voire d’échecs. Un second aspect indissociable se présente : l’héraldique. Prolongement du nom, l’héraldique permet dans une France encore largement illettrée d’imposer sa marque et son prestige. La France est exangue et Louis XIV doit trouver de nouvelles ressources militaires et financières afin de lutter contre les coalitions européennes. Après avoir lancé les Enquêtes de noblesse, Louis XIV, par le biais de d’Hozier, juge d’armes de France et généalogiste du roi, organise le grand recensement de tous les blasons afin de les inscrire dans le droit français et dans la pratique fiscale, tout en soumettant l’autorisation de port à une nouvelle taxe. D’Hozier, afin de créer l’Armorial de France, lance ses commissaires généraux et recueille ainsi de nombreux renseignements permettant de soumettre les impétrants à de nouvelles recherches sur le port illégal des attributs réservés à la noblesse. Dès cet instant, toute noblesse ne dépend que de la volonté royale et doit se plier au service et de la cour et du royaume (service par quart annuel). L’héraldique devient alors un véritable marqueur social. Suivant l’exemple des titres, et voulant fuir toute disgrâce, les partitions des écus fleurissent comme pour mieux rappeler les alliances, ascendances et parentés de chacun. Comment se constituent ses nouvelles armoiries ? Comment se transmettent-elles ou se choisissent-elles au sein des fratries de la noblesse de robe parisienne ? Notre étude permet d’observer comment la robe, composante de la notabilité urbaine, devient la noblesse de robe au XVIIe siècle et s’identifie à la noblesse d’épée ? Quelle est la place des seigneuries et de l’héraldique dans ce processus ? Nous pouvons nous demander quel peut être l’intérêt pour une famille de la noblesse de robe parisienne de posséder une seigneurie, qui peut être est située loin du domicile principal ?

Abstract

The key period of our study seems to be the decade of the 1660s. The French monarchy seeks to know and master its nobility. If the king grants to the nobility of dress a gradual nobility from 1644, giving with one hand the nobility after twenty years of exercise of a burden (or death coated), at the same time, with the other hand , he broke the Letters of Veterans and Letters of ennoblement granted in the years 1614 to 1664. In 1666, in order to draw up a general catalog of the nobility, Louis XIV launched the famous Investigations of the nobility which will aim to pass from oral evidence to written evidence, to freeze the origins of his servants. How do families of Parisian nobility live these changes? The families presented by Blanchard have operated since Charles VI a slow progress in the spheres of power. They arrive in the first places at the beginning of the seventeenth century by holding the most important offices of the sovereign courts (Grand Council, Chamber of Accounts, Court of Aids, Court of the coins, Parliament of Paris and provincial parliaments). The establishment of the court, the new regulations call into question family strategies. However, these families, grouped under the generic term "nobility of dress" are not only urban families as evidenced by the list of seigneuries held. The titles thus pass by the possession of seigniories, by an immobilized ground capital. This ultimate aggregation in the mode of operation of the "nobility of the sword", this mimicry bitterly sought also allows to diversify the heritage and no longer make it depend on trading or possession of a venal office. This transformation is not without pain and is accompanied by tensions, opposition within successive lineages, even failures. A second inseparable aspect presents itself: heraldry. An extension of the name, heraldry allows in a still largely illiterate France to impose its mark and its prestige. France is exiled and Louis XIV must find new military and financial resources to fight against European coalitions. After launching the investigations of nobility, Louis XIV, through d'Hozier, judge of arms of France and genealogist of the king, organizes the large census of all coats of arms to include them in French law and in practice while subjecting the port authorization to a new tax. D'Hozier, in order to create the Armorial de France, launches his commissioners general and thus receives a lot of information allowing to submit the petitioners to new researches on the illegal port of the attributes reserved to the nobility. From that moment, all nobility depend only on the royal will and must bow to the service and the court and the kingdom (service per quarter yearly). Heraldry becomes a social marker. Following the example of the titles, and wanting to escape all disgrace, the partitions of the ecus bloom as to better recall the alliances, ancestries and relatives of each. How are his new coats of arms? How are they transmitted or are they chosen within the fraternities of the Parisian nobility of dress? Our study shows how the dress, a component of urban notability, becomes the nobility of dress in the seventeenth century and identifies with the nobility of the sword? What is the place of lordships and heraldry in this process? We may wonder what may be the interest for a family of the nobility of Parisian dress to own a lordship, which may be located far from the main home?