Deborah PUCCIO DEN

Diplôme :
HDR
Date :
vendredi 14 décembre 2018 - 14:00

Mme Deborah PUCCIO DEN présente ses travaux en soutenance en vue de l'obtention de l'Habilitation à diriger des recherches

  • Maison des sciences de l'Homme, 54 boulevard Raspail, 75006 Paris, 1er sous-sol, salle 8
  • Jury : M. SALVATORE D'ONOFRIO, M. NICOLAS DODIER, Mme BÉATRICE FRAENKEL, M. MICHAEL HOUSEMAN, Mme SÉVERINE MATHIEU, Mme CATHERINE PERRET, Mme DANIELA PIANA

Le dossier d’habilitation est constitué par :
1) Rapport de synthèse : « Ethnographier le silence : masques, statues mariales, Mafia, nocturnité, danse kizomba ».
Ce rapport revient sur un parcours de recherche long de vingt ans à travers des terrains à première vue hétéroclites tels les carnavals dans les sociétés alpines et pyrénéennes, les fêtes de « Moros y Cristianos » en Espagne, la Mafia sicilienne, ou des activités « nocturnes » comme la danse et l’acte artistique pour les réunifier à la lumière d’une problématique commune : le silence comme régime d’action permettant une dissociation de la personne et un réaménagement du rapport entre sujet, langage, intention, pensée et agir. Selon la proposition théorique inédite avancée dans ce travail, cette dissociation permet d’autres connexions (avec d’autres êtres, naturels ou surnaturels, avec une partie intime et archaïque de soi…) donnant lieu à des ontologies nouvelles, à d’autres manières d’être au monde et d’y établir des rapports sociaux et des rapports de sens. Ces ontologies ne seraient donc pas uniquement produites par un déplacement dans l’espace, comme le suggèrent les principales théorisations anthropologiques actuelles, mais aussi par une variation dans le temps, individuel et collectif (fête, nuit), et/ou par des performances particulières (rite, crime, danse, art).
2) Manuscrit : « What is the Mafia ? » A Political Anthropology of Silence.
Cet ouvrage réunit un ensemble de travaux en anglais proposant un nouveau paradigme explicatif des phénomènes du type mafieux. A travers une ethnographie conduite en Sicile et en Italie pendant une vingtaine d’années sur le mouvement antimafia, d’un côté, la justice antimafia, de l’autre, ce travail explore les modalités d’action qui ont été adoptées contre la mafia (activités de publication, d’affichage, de dévoilement, de dénonciation, d’enquête, d’accusation, d’attribution de responsabilités) pour saisir l’essence de cette dernière : le silence, le secret, la capacité de dissimulation, la faculté de reséquer le rapport cognitif entre intention, action et parole, ou de couper le lien matériel et logique entre action et acteur. Le résultat de cette longue enquête – qui interroge également les conditions épistémologiques et les conséquences de l’acte d’enquêter sur un phénomène couvert par le silence et l’omerta – est une nouvelle intelligibilité de la mafia comme modalité d’action ou qualité de l’agir silencieusement qui remet en cause les théorisations fondées uniquement sur des notions socio-historiques. L’approche anthropologique montre ici toute sa pertinence et richesse, permettant de construire un paradigme qui peut s’appliquer à d’autres phénomènes et ouvrant sur une théorie politique du silence.
3) Une sélection d’ouvrages et de travaux (10 livres, numéros de revue coordonnés et ouvrages dirigés ; 34 articles et chapitres d’ouvrages). Ces travaux sont essentiellement des introductions et chapitres d’ouvrages, des introduction de numéros de revues et articles scientifiques qui ont représenté des étapes marquantes dans mon parcours de recherche car ils ont permis d’avancer sur des points théoriques essentiels : la construction de la personne entre masque et dévoilement, le statut ambigu de l’image dans les sociétés chrétiennes, le secret, les « économies morales » de la mafia, la mafia comme « épreuve d’État », le procès comme « forme » politique, le rapport entre intentionnalité et action dans le crime mafieux, la construction de la preuve de mafia, la responsabilité et son rapport avec l’honneur, les ontologies de la nuit, la danse (salsa, kizomba) et la fabrication des identités de genre, du couple et de nouvelles formes de collectifs dans les sociétés urbaines contemporaines.