Chloé DEMONET

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Histoire, textes et documents
Date :
samedi 08 septembre 2018 - 14:30
Quand Giuliano da Sangallo “misura a punto” : relever et dessiner l’architecture à la Renaissance

Mme Chloé DEMONET soutiendra sa thèse de doctorat préparée sous la direction de Mme Sabine FROMMEL et Mme Flaminia BARDATI

Co-tutelle avec l'université "Università di Roma - « La Sapienza »" (ITALIE)

  • Ecole nationale des Chartes, 65, rue de Richelieu, 75002 Paris, Salle Delisle
  • Jury : Mme Sabine FROMMEL, Mme Flaminia BARDATI, Mme Emilie D'ORGEIX, M. Francesco BENELLI, Mme Emanuela FERRETTI, Mme Eva RENZULLI

Résumé

Le relevé d’architecture constitue « la toute première forme de connaissance », « la somme des opérations, du mesurage et des analyses qui vont permettre la compréhension et la documentation du bien architectural dans son ensemble […] ». Nécessaire à la conservation des biens culturels, le relevé architectural est aussi source de réflexion sur l’histoire de l’architecture et son usage, car ses méthodes sont élaborées dès la fin du XVe siècle, dans le cadre des investigations menées sur les vestiges de l’architecture antique. Devenue discipline, la pratique du relevé s’érige en lien fondamental entre recherche « archéologique » et création architecturale, et apparaît comme la meilleure des formations pour les artistes souhaitant devenir architectes. Ceux-ci s’aventurent hors des ateliers, dans une véritable école d’architecture à ciel ouvert dont le siège se trouve à Rome. Sources importantes pour la connaissance de l’Antique, sa réception et son appropriation par les artistes de la Renaissance, les dessins de relevé de cette période peuvent être également envisagés comme le résultat d’un processus analytique, qui nécessite une pratique et un langage spécifiques. Cet aspect, ainsi que l’histoire et les spécificités d’un corpus exceptionnel, sont au centre de ce travail de recherche. Les dessins de relevé conservés pour la Renaissance, relativement nombreux, peuvent être disparates et les auteurs parfois difficiles à identifier avec certitude. C’est l’une des raisons qui nous a conduit à étudier le corpus de Giuliano da Sangallo et plus particulièrement ses deux albums, le codex Barberini (Barb. Lat. 4424, Rome, Bibliothèque apostolique vaticane) et le carnet de Sienne (S. IV. 8, Sienne, Bibliothèque communale des Intronati). Non seulement leur attribution à l’architecte florentin ne fait pas débat, mais ils résultent d’un assemblage conscient de dessins choisis, réalisés à divers moments de sa carrière ; des dessins d’architecture, pour beaucoup des relevés , mais aussi des projets, ainsi que quelques vues et des dessins mécaniques. Cet ensemble apparaît comme une biographie graphique, où chaque dessin peut être rapporté à un épisode de la vie professionnelle de Giuliano da Sangallo, ce qui contribue à éclairer son histoire, parfois lacunaire. Il s’agit d’un corpus tangible, qui permet une approche globale de la question du relevé d’architecture tout en révélant l’évolution des préoccupations de l’architecte et de sa maîtrise de la restitution graphique, dans laquelle sa rigueur analytique s’allie à des interprétations toutes personnelles, et à une grande sensibilité dans le traitement. Giuliano da Sangallo semble faire la transition, autour de 1500, entre une génération qui expérimente les codes d’une représentation proprement architecturale et celle qui, ceux-ci élaborés, les applique de manière systématique. Par l’analyse de ses dessins nous cherchons à mettre en lumière ses capacités d’analyse sur le terrain, ses procédés de restitution graphique et sa manière de s’approprier et de diffuser l’information issue du relevé. On peut alors constater que les dessins de relevé constituent une typologie particulière dans le dessin d’architecture en général, et nécessitent une approche dont nous avons tenté, dans cette thèse, de fournir axes et méthodes.

Abstract

The architectural survey is "the very first form of knowledge", "the sum of operations, measurement and analysis that will allow the understanding and documentation of the architecture in general [...] ”. Instrumental in the conservation of cultural property, the architectural survey is also a source of reflection on the history and purposes of architecture, since its methods were developed as early as the end of the fifteenth century, as part of the investigations carried out on the remains of ancient architecture. Once architecture became a discipline in its own right, the survey enabled the architect to analyse ancient buildings from an ‘archaeological’ perspective whilst at the same time offering a seemingly endless source of inspiration for architectural innovation. It was thus considered to be the best training for artists wishing to become architects and venture out of the workshops, in a real open-air architecture school with headquarters in Rome. As an important source for the knowledge of the Antique, its reception and its appropriation by the artists of the Renaissance, the survey drawings of this period can also be considered as the result of an analytical process, which required the development of a practice and a specific language. This research explores precisely these issues, focusing the history and specificities of Giuliano da Sangallo’s exceptional corpus and in particular on his two albums, the codex Barberini (Barb. Lat., 4424, Rome, Vatican Apostolic Library) and the Sienese book (S IV, 8, Siena, Communal Library of Intronati). Giuliano’s work is exceptional for two main reasons: the first is that his drawings have a secure attribution to him that has never been challenged. This is particularly unusual, since attribution is a thorny problem in the study of Renaissance architectural drawings. The second important characteristic of Giuliano’s work is that his Vatican and Sienese albums result from a conscious assembly of selected drawings made at various moments of his career. These include architectural drawings, mostly surveys , but also projects, as well as some views and mechanical drawings. This set appears as a graphic biography, where each drawing can be related to an episode of Giuliano da Sangallo's professional life, thus shedding light on his sometimes fragmentary biography. It is a tangible corpus, which allows for a global approach to the question of the architectural survey while at the same time revealing how the concerns of the architect and his mastery of graphic rendering evolved over time, combining analytical rigor with more personal interpretations, and with great sensibility for each individual case. Giuliano da Sangallo is a pivotal figure who, around 1500, represented the bridge between a generation that was still experimenting with architectural representation and another which systematically applied the representational rules codified by their predecessors. Through the analysis of his drawings, this study highlights Giuliano’s analytical ability in the field, his process of graphic rendering and the ways he appropriated and then disseminated the information acquired during the survey. Providing specific analytical tools for their, this research therefore demonstrates that survey drawings represent a particular typology of architectural design in general.