Ana IRIMESCU

Diplôme :
Doctorat
Mention :
Religions et systèmes de pensée
Date :
jeudi 10 décembre 2015 - 09:00
De l'intuition au Moyen Âge à la connaissance intuitive chez Duns Scot

Mme Ana IRIMESCU présente sa thèse de doctorat préparée sous la direction de M. Olivier BOULNOIS

  • Le France - 190 avenue de France, 75013 Paris - Salle 103
  • Jury : M. Olivier BOULNOIS, M. Dominique DEMANGE, Mme Isabelle DRAELANTS, M. Christophe GRELLARD, M. Dominique POIREL

Résumé

Au Moyen Âge, les théories physiologique, psychologique et philosophique de la perception se sont mutuellement influencées jusqu’à aboutir au modèle théorique de la cognition visuelle. Les définitions médiévales de la connaissance intuitive confirment d’ailleurs le « caractère visuel » de la métaphysique occidentale, ainsi que l’influence de l’optique sur l’épistémologie. Jean Duns Scot (1265-1308) est le premier philosophe qui se sert, de manière systématique, de la distinction entre deux modes cognitifs pré-discursifs et pré-judicatifs : abstractif et intuitif. Il donne ainsi une définition rigoureuse au concept d’intuition, qu’il applique de manière univoque à la connaissance du singulier immatériel et matériel. Avant lui, Matthieu d’Aquasparta (1237-1302) avait étendu le concept théologique d’intuition, utilisé traditionnellement pour expliquer la vision béatifique, à la problématique de la connaissance de soi. Il avait utilisé le terme intuitio pour désigner le rapport cognitif direct et immédiat de l’âme à ses propres actes, sans l’appliquer pour autant à la connaissance du singulier matériel. Pour Duns Scot, la connaissance de soi est directe et immédiate et intuitive et garantit la certitude dans le processus cognitifs, le fonctionnement de la mémoire, la conscience de soi et l’identité personnelle. L’intuition intellectuelle du singulier matériel constitue ainsi une des applications possibles de la distinction scotiste entre cognitio intuitiva et cognitio abstractiva, qui s’ajoute à celles représentées par la vision béatifique, la connaissance angélique et la connaissance auto-réflexive.

Abstract

Intuition in the Middle Ages and John Duns Scotus on Intuitive Cognition

In the Middle Ages, the physiological, psychological and philosophical theories of perception were mutually influenced to the point where they generated a theoretical model of visual cognition. The medieval definitions of intuitive knowledge confirm the “visual character” of the Western metaphysics, much like the influence of optics on epistemology. John Duns Scotus (1265-1308) is the first philosopher to use in a systematic manner the distinction between the two pre-discursive and pre-judgment cognitive modes: abstractive and intuitive. He also gives a rigorous definition for the concept of intuition that he applies univocally to the knowledge of both the immaterial and material singular. Before him, Matthew of Aquasparta (1237-1302) extended the theological concept of intuition, traditionally used to explain the beatific vision, to the problem of knowledge of the self. He employed the term intuitio to name the direct and immediate cognitive relation between the soul and its own acts, but without applying it to the material singular. For Duns Scotus, the knowledge of the self is direct, immediate, and intuitive and guarantees the certitude in the cognitive process, the operations of the memory, self-consciousness and personal identity. The intellectual intuition of the material singular constitutes yet another one of the possible applications of the Scotist distinction between cognitio intuitiva and cognitio abstractiva that adds to those represented by the beatific vision, the angelic knowledge and the self-knowledge.