Fond rouge

Décès de Jean-Pierre Babelon

L’École Pratique des Hautes Études a le regret de vous faire part du décès de Jean-Pierre Babelon, survenu le 2 février 2024.

Sabine Frommel, directrice d'études à l'EPHE - PSL, rend hommage à Jean-Pierre Babelon.

 

« Jean-Pierre Babelon est né le 17 novembre 1931 à Paris. Comme son père Jean et son grand-père Ernest Babelon, numismates, historiens et bibliothécaires renommés en poste au Cabinet des médailles à la Bibliothèque nationale, il suit ses études à l’École Nationale des Chartes. En 1954, il obtient son diplôme d’archiviste paléographe avec une thèse intitulée “La demeure parisienne sous Henri IV et Louis XIII” qui fonde son intérêt durable pour l’histoire de l’architecture de la période moderne et du bâti de la capitale française. Nommé ensuite archiviste-paléographe aux Archives Départementales de Seine-et-Oise et chargé de mission au château de Versailles, il poursuit ses études à l’École du Louvre. La partie plus importante de sa carrière se déroule aux Archives nationales comme conservateur du musée de l’Histoire de France, puis conservateur en chef de la section ancienne (1957-1978). De 1969 à 1985, il a enseigné en tant que chargé de conférences à l’École Pratique des Hautes Études - PSL, avant d’être nommé en 1985 inspecteur général des Archives de France. De 1988 à 1996, d’abord avec le titre de directeur du domaine national de Versailles et de Trianon puis de directeur général de l’Établissement public du musée de Versailles, il dirige le château en se consacrant aux programmes complexes de la conservation, de sa gestion et des manifestations culturelles. En 1992, Jean-Pierre Babelon est élu membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et, à ce titre, il est chargé de la conservation du musée Jacquemart-André puis de l’abbaye de Chaalis où aura lieu une campagne de restauration de la chapelle abbatiale Sainte-Marie. En 2010, il travaille avec le prince de Bourbon pour la réinhumation de la tête de Henri IV dans la nécropole royale de basilique de Saint-Denis ; ce projet sera ensuite abandonné.

 

Jean-Pierre Babelon a placé ses études archivistiques sous le signe d’une meilleure connaissance de l’architecture française de la Renaissance. L’énorme volume Châteaux en France au siècle de la Renaissance (1989), fruit de recherches infatigables menées pendant de longues années, reste une référence essentielle pour toute étude gravitant autour des demeures en France à l’époque moderne. Avec André Chastel, il étudie les méthodes et les idéologies de restauration dans un article intitulé “La notion de patrimoine” (Revue de l’Art, 1980), publié ensuite en 1987 sous forme de livre plusieurs fois réédité. En 1978, son article “Du Grand Ferrare à Carnavalet : Naissance de l’hôtel classique" (Revue de l‘Art) donne une contribution essentielle pour éclaircir l’influence de l’hôtel du cardinal Hippolyte d’Este à Fontainebleau, projeté et construit par le bolonais Sebastiano Serlio, pour l’évolution d’un premier classicisme en France. Avec cet article il instaure un nouveau regard, au sein de la discipline de l’histoire de l’architecture, sur les échanges entre la France et l’Italie et l’assimilation de modèles ultramontains dans le milieu de la cour de France. La direction de l’exposition François Mansart. Le génie de l’Architecture au château de Blois et à l’Hôtel de Rohan à Paris en 1998, en collaboration avec Claude Mignot, demeure l’une des plus belles expositions sur l’art de bâtir du XVIIe siècle en France. Le catalogue s’ouvre par un article, signé par Jean-Pierre Babelon, sur Le Mythe Mansart qui lève le voile sur des traits particuliers pas toujours faciles de sa personnalité, la genèse de son œuvre et sa fortune. Le volume Primatice à Chaalis (2007) reflète un débat ouvert et riche autour des problèmes d’attribution et des techniques de restauration de la chapelle de Sainte-Marie, qui demeure un témoin de son esprit ouvert, de sa curiosité intellectuelle et de ses capacités de coordination. L’histoire de l’architecture est restée une colonne vertébrale des travaux de Jean-Pierre Babelon et, grâce à ses travaux sur la peinture, sur le dessin, sur les stratégies culturelles des rois de France aux XVIe et XVIIe siècles, et sur les correspondances d’artistes, il l’a placée dans un contexte large et complexe. »