Séminaire Mondes indiens : conférence de Vincent ELTSCHINGER

mercredi 29 novembre 2017 - 11:00 - 12:30

Mondes indiens

Séminaire pluridisciplinaire de l’UMR Mondes iranien et indien (2017-2018)

organisé par Isabelle Ratié (Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3)
et Françoise ‘Nalini’ Delvoye (EPHE)

Le séminaire Mondes indiens, organisé par l’UMR Mondes iranien et indien, se propose de présenter les recherches en cours ou récemment publiées sur les mondes indiens et indianisés — correspondant essentiellement aux pays actuels d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est —, réalisées par des enseignants-chercheurs, chercheurs confirmés et doctorants de l’UMR ou par des intervenants invités. Ce séminaire pluridisciplinaire est ouvert à tous les chercheurs travaillant sur le monde indien, aux étudiants de master, aux doctorants, et pourra constituer un lieu de débats et d’échanges avec des spécialistes d’autres aires culturelles.

Mercredi 29 novembre 2017, de 11h à 12h30

Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3, Centre Censier
13 rue de Santeuil, 75005 Paris, salle Las Vergnas (3e étage)

Conférence de Monsieur Vincent ELTSCHINGER
Directeur d'études, École Pratique des Hautes Études

Quelle autorité pour la parole du Bouddha ? Attitudes, évolutions et ruptures dans la compréhension bouddhique de l’autorité scripturaire

La mort ou parinirvāṇa du Bouddha prive la communauté des fidèles de l’autorité vivante et bienveillante qui l’avait guidée jusque-là. Le Bouddha rassure toutefois ceux des siens qui craignent d’être livrés à eux-mêmes ou à l’arbitraire de successeurs autoproclamés : sa Loi (dharma) présidera désormais aux destinées de la communauté. Mais quelle attitude adopter à l’égard de cette Loi et des Écritures qui la conservent ? À une foi plus ou moins aveugle, les élites préféreront assez tôt la critique, interne comme externe, et l’analyse rationnelle du donné révélé. Les premiers siècles de notre ère reflètent un optimisme épistémologique certain de la part des docteurs bouddhistes : les Écritures (āgama) comptent au nombre des moyens de connaissance valide (pramāṇa) au même titre que la perception et l’inférence, et, mieux même, possèdent une juridication identique à ces dernières. Le système entre cependant en crise au milieu du premier millénaire, au moment où les intellectuels bouddhistes se lancent la fleur au fusil dans la controverse avec les différentes « écoles » philosophico-religieuses indiennes anciennes. De fait, les Écritures bouddhiques ne peuvent plus servir d’arguments contre des non-bouddhistes qui ne leur reconnaissent aucune autorité. De droit, elles paraissent ne plus satisfaire aux conditions nouvellement exigées d’une parole autorisée. Des bouddhistes sincères paraissent donc avoir été tentés de refuser à la parole du Bouddha l’autorité indiscutable dont elle avait été créditée jusque-là.

Vincent ELTSCHINGER est Directeur d’études (Histoire du bouddhisme indien) à l’École Pratique des Hautes Études. Après sa thèse, soutenue en 2003 à l’Université de Lausanne, il a été chargé de recherche à l’Institut d’histoire culturelle et intellectuelle de l’Asie (Vienne), qu’il a dirigé en 2014-2015. Ses intérêts scientifiques comprennent la généalogie de la philosophie en milieu bouddhique, les contentieux entre écoles bouddhiques et brahmaniques, et le poète Aśvaghoṣa. Outre de très nombreux articles, Vincent Eltschinger a publié plusieurs ouvrages, parmi lesquels Caste et philosophie bouddhique (Université de Vienne, Vienne 2000), Penser l’autorité des Écritures (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2007), Buddhist Epistemology as Apologetics (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2014), et, avec Isabelle Ratié, Self, No-Self, and Salvation (Austrian Academy of Sciences Press, Vienne 2013).