Séminaire Diglossie : conférence de Julien Dufour

jeudi 16 novembre 2017 - 17:30

diglossie-dufour.jpgLe jeudi 16 novembre 2017 de 17h30 à 19h30, En Sorbonne, à l’EPHE, escalier E, 1er étage, salle Delamarre (D059).

La poésie yéménite en moyen arabe, ou comment changer de langue pour relire un héritage

Conférence de Julien Dufour (Université de Strasbourg / ENS), dans le cadre du séminaire SCRIPTA-PSL: Diglossie, traduction intralinguale, réécriture, commentaire.

Ce séminaire, lancé dans le cadre de la Section des Sciences historiques et philologiques (SHP) de l’EPHE et du programme « SCRIPTA-PSL. History and Practices of Writing », s’inscrit dans une démarche tout à la fois culturelle, textuelle et linguistique. Notre ambition est que de nombreux collègues puissent se joindre à nous dans ce que nous concevons avant tout comme un espace de discussion et de confrontation entre démarches et aires culturelles diverses.

La langue standard dont le monde arabo-islamique s’est très rapidement dotée a d’emblée été normée d’une façon telle que son acquisition représentait une difficulté pour la plupart des locuteurs arabophones. Produit d’une élaboration mais conçue comme perfection originelle, cette clé de voûte sociolinguistique a, sans doute depuis le départ, laissé un vaste champ libre non seulement à des arabes parlés extrêmement divers mais également à des registres écrits non standard (voire pré-standard), qui se sont de fait retrouvés dans une situation médiane entre ce qu’on nomme aujourd’hui les arabes « dialectaux » et l’arabe « classique », et qui on tiré parti de cette position. C’est ce qu’on a coutume d’appeler le moyen arabe.

Le Yémen, en particulier rural, pratique abondamment des poésies de tradition orale dont la langue, sans être pour autant identique à celle de la parole non poétique, peut être raisonnablement qualifiée de « dialectale ». On n’en possède aucun document écrit avant le XXe siècle. De la poésie en arabe « classique » canonique est par ailleurs attestée dans les milieux sociaux dominants à toutes époques. Mais à partir du XIIIe siècle, notre documentation commence à révéler une poésie qu’on doit bien qualifier de « moyen arabe ». Elle est pratiquée plutôt en milieu citadin et suppose une familiarité avec l’héritage littéraire classique, auquel elle puise abondamment thèmes, topos, lexique, formes et diverses structures linguistiques. Elle opère cependant une nette rupture avec ce modèle aux niveaux métrique et morphologique, basculant à cet égard du côté de la langue parlée. C’est la poésie qu’on nomme aujourd’hui ḥumaynī.

Séminaire organisé par Rainier Lanselle et Andréas Stauder, Directeurs d'études à la Section des Sciences historiques et philologiques.

Programme et présentation du séminaire.